Compte épargne temps intérim : seuil, alimentation et déblocage
Une mission d’intérim s’arrête, une autre commence ailleurs, et les jours de repos ou les primes accumulés entre deux contrats se perdent parfois faute d’y avoir pensé. Le compte épargne temps intérim change cette donne : au lieu de percevoir immédiatement certaines indemnités, l’intérimaire peut les placer et les récupérer plus tard, sous forme de rémunération ou de repos, à un moment qu’il choisit lui-même. Encore faut-il connaître le seuil d’heures à atteindre, ce qui peut réellement y être versé, et la procédure pour récupérer cette épargne le moment venu, un peu comme pour les congés payés en intérim.
Compte épargne temps intérim : un fonctionnement propre au travail temporaire
Le compte épargne temps intérim permet d’accumuler des droits à congé rémunéré ou de bénéficier d’une rémunération différée, en échange de jours de repos non pris ou de sommes que le salarié choisit d’y affecter. Sa mise en place n’a rien d’automatique : elle dépend d’un accord ou d’une convention collective, jamais de la seule loi. Chez un intérimaire, c’est l’entreprise de travail temporaire, l’ETT qui l’emploie, qui gère ce compte, et non l’entreprise utilisatrice où se déroule concrètement la mission.
Le dispositif n’a rien de récent : créé en 1994, il n’a été ouvert au travail temporaire qu’en 2000, ce qui explique pourquoi les règles applicables aux intérimaires diffèrent encore sensiblement de celles des salariés en poste fixe.
En CDI, le CET reste attaché à un employeur unique et se construit sur la durée d’une seule relation de travail. En intérim, il change de nature.
Chaque agence tient son propre compte, distinct de celui d’une autre ETT, même si l’intérimaire enchaîne les missions sans interruption réelle entre deux contrats. Un intérimaire fidèle à une seule agence construit son épargne mission après mission, alors qu’un profil qui multiplie les agences pour saisir les meilleures offres repart, sur ce terrain précis, de zéro à chaque changement.
Prenons un exemple concret : un intérimaire enchaîne six missions en dix-huit mois auprès de la même agence, sans jamais demander le versement immédiat de ses indemnités de congés. Ce choix construit progressivement un capital de jours disponibles, que la mission en cours se termine ou non chez la même entreprise utilisatrice.
La logique reste la même que pour un salarié classique : le CET n’oblige à rien. Le salarié peut choisir de ne jamais l’utiliser et de percevoir ses indemnités normalement, mission après mission, sans y toucher.
910 heures chez la même agence pour ouvrir son CET
Le seuil d’ancienneté à atteindre
L’ouverture d’un compte épargne temps intérim repose sur les articles L3151 à L3153 du Code du travail, qui posent le principe général et renvoient à la négociation collective pour les modalités concrètes. Pour l’intérim, c’est l’accord de la branche du travail temporaire qui fixe la condition d’accès : un volume horaire travaillé minimal de 910 heures sur les douze derniers mois, au sein d’une même entreprise de travail temporaire.
Ce seuil se vérifie mission après mission, toutes missions confondues chez la même agence, qu’elles soient courtes ou longues, dans le même secteur ou non. Un intérimaire qui cumule plusieurs contrats de quelques semaines chacun peut atteindre les 910 heures aussi vite qu’un profil enchaînant deux ou trois missions longues, du moment que le total sur douze mois glissants est atteint. Selon le rythme des missions décrochées, quelques mois suffisent parfois à un intérimaire assidu pour franchir ce cap, sans qu’aucune démarche particulière ne soit à effectuer : l’agence suit le compteur en interne, mission après mission.
Un compteur remis à zéro en changeant d’ETT
La contrepartie de cette règle est moins favorable qu’elle n’y paraît. Un intérimaire qui change d’ETT pour saisir une meilleure offre de mission repart de zéro sur ce compteur, même s’il a déjà dépassé les 910 heures ailleurs. Aucun mécanisme ne permet de transférer une ancienneté acquise chez une agence vers une autre au moment de l’ouverture du droit.
Ce fonctionnement distingue nettement le CET intérimaire du CET classique, où l’ancienneté se construit sans rupture chez un employeur unique. Il pousse à la fidélité envers une seule agence plutôt qu’au multi-inscription systématique que pratiquent certains profils pour multiplier les propositions reçues chaque semaine.
Concrètement, un intérimaire inscrit dans quatre agences différentes peut avoir travaillé bien plus de 910 heures au total sur l’année, sans jamais avoir ouvert le moindre CET, faute d’avoir concentré ses heures chez un seul employeur. À l’inverse, se concentrer sur deux agences maximum reste souvent la stratégie la plus efficace pour ouvrir rapidement ce droit.

Ce que l’intérimaire peut placer sur son CET, jusqu’à 22 jours par an
Un compte épargne temps intérim ne se limite pas aux jours de congés classiques. L’intérimaire peut y affecter des heures de repos non prises, des jours liés à une réduction du temps de travail chez l’entreprise utilisatrice, ou encore des heures supplémentaires si l’accord collectif le prévoit. Deux indemnités propres à l’intérim s’y ajoutent : l’indemnité de fin de mission, qui compense la précarité du contrat, et l’indemnité compensatrice de congés payés, due à la fin de chaque mission.
Ces deux indemnités ne se versent pas intégralement sur le compte. Elles restent plafonnées, tout comme le cumul global du CET sur une année, ce qui distingue nettement ce dispositif d’une simple cagnotte sans limite. Trois repères chiffrés résument ce qu’il faut retenir avant de faire ses propres calculs.
| Élément du CET | Chiffre clé |
|---|---|
| IFM et ICCP versées au compte | 10 jours par an maximum |
| Cumul total du CET (congés, repos, RTT) | 22 jours par an maximum |
| Taux de rémunération des sommes placées | environ 5 % par an |
Ce plafond de dix jours ne prive pas l’intérimaire du reste de son indemnité de fin de mission ou de congés payés : au-delà de ce seuil, le solde continue d’être versé normalement sur le bulletin de paie, sans attendre la clôture du compte. Un profil qui enchaîne des missions longues atteint généralement ce plafond plus vite qu’un intérimaire aux contrats courts et espacés.
Le taux de rémunération des sommes placées reste, lui, garanti quelle que soit la conjoncture financière. Il transforme le CET en placement plus intéressant qu’une épargne bancaire classique, à condition d’accepter que les fonds restent bloqués jusqu’au déblocage. Vérifier la ventilation exacte des indemnités concernées reste utile avant d’estimer sa propre épargne disponible, en particulier à la lecture du tableau récapitulatif des primes et indemnités en intérim que tient l’agence.
Débloquer son CET : motifs, délai et garantie si l’agence défaille
Les motifs qui ouvrent le déblocage
Un compte épargne temps intérim ne se vide pas à volonté. Le salarié doit motiver sa demande et justifier l’un des cas prévus par l’accord ou, à défaut, par les règles supplétives du Code du travail. Le passage à la retraite figure en tête de ces motifs, tout comme le chômage de longue durée après la fin d’une mission.
Un accident du travail ou une maladie professionnelle ouvre également ce droit, sans condition d’ancienneté supplémentaire à démontrer. Les sommes débloquées peuvent aussi alimenter un plan d’épargne retraite plutôt que d’être perçues immédiatement, ce qui prolonge l’avantage fiscal du dispositif au lieu de le clôturer sèchement. Un intérimaire proche de la retraite, en particulier après une carrière fractionnée entre plusieurs employeurs, a donc intérêt à comparer les deux options avant de trancher.
La procédure et le délai de versement
La demande se formule par écrit auprès de l’agence gestionnaire du compte, en précisant le motif retenu et le montant ou la durée souhaités. Aucune formalité complexe n’entoure cette étape : l’ETT reste tenue d’informer chaque intérimaire des règles applicables à son propre CET, motif par motif.
Le versement intervient ensuite selon les modalités fixées par l’accord de branche, généralement sous forme de virement une fois la demande validée. Un intérimaire pressé par une situation urgente, un accident ou une rupture de mission, a intérêt à vérifier ces modalités avant d’en avoir besoin, plutôt que de découvrir la procédure au moment critique et de perdre un temps précieux.
La garantie si l’ETT est liquidée
Une agence d’intérim peut, comme toute entreprise, être placée en redressement ou en liquidation judiciaire. Les droits acquis sur le CET sont alors assurés contre le non-paiement, dans un mécanisme proche de la garantie AGS des salaires, à hauteur de 96 120 euros par salarié.
Ce plafond a grimpé depuis son niveau antérieur de 92 736 euros, une revalorisation que la plupart des agences ne mentionnent jamais à leurs intérimaires. Au-delà de ce montant, la convention ou l’accord doit prévoir un dispositif d’assurance complémentaire ; à défaut, l’intérimaire perçoit une indemnité correspondant à la conversion monétaire des droits excédentaires, ce qui évite une perte pure et simple de l’épargne constituée.
Changer d’agence, quitter l’intérim : que devient le CET ?
Quitter une agence pour une autre ne signifie pas perdre son compte épargne temps intérim du jour au lendemain. Deux issues existent, selon ce que prévoit l’accord applicable. La première : un transfert vers le nouvel employeur, intérimaire ou non, si l’accord de la nouvelle structure l’autorise expressément. Cette option reste rare en pratique, la plupart des accords de branche ne l’organisant pas.
La seconde solution, bien plus fréquente, consiste à consigner les droits acquis auprès de la Caisse des dépôts et consignations. Cette consignation n’empêche pas de récupérer les sommes : l’intérimaire peut demander le déblocage total ou partiel à tout moment, par simple demande auprès de la CDC, sans limite de délai après le départ de l’agence.
Les droits consignés peuvent également revenir vers un nouveau CET ou vers un plan d’épargne salariale, si le nouvel employeur en propose un et si l’intérimaire en fait la demande expresse. Rien n’oblige à choisir immédiatement entre percevoir les sommes ou les transférer : la consignation laisse le temps de la réflexion, sans échéance couperet à respecter.
Cette étape administrative ne doit pas retarder la recherche d’une nouvelle mission. Un intérimaire qui cherche à rebondir après une rupture de contrat gagne à solliciter plusieurs agences locales en parallèle, comme les agences d’intérim implantées à Vitrolles, plutôt que d’attendre une seule réponse avant de relancer ses recherches. Ce réflexe vaut d’ailleurs autant pour retrouver une mission que pour comparer les conditions de CET proposées d’une enseigne à l’autre.
Sources
- Service-public.fr — le compte épargne-temps du salarié, 2026
- Economie.gouv.fr — la mise en place du compte épargne-temps en entreprise, 2024







